Centre d’Archives en Philosophie, Histoire et Édition des Sciences
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Séminaire « Histoire et épistémologie de la psychopathologie », 18 mai 2026

Présentation générale du séminaire organisé par Marco Dal Pozzolo (Dr, Université Paris-Cité, SPHERE) et Franck Le Roux (Dr, Université Paris Cité, CRPMS)

Denis Forest, « Meynert, l’Amentia et les promesses des sciences du cerveau en psychiatrie » 

A l’annonce de la nomination de Theodor Meynert à la tête de la clinique psychiatrique de Vienne en 1870, laquelle ouvrait la voie à l’obtention d’une importante chaire de professeur de psychiatrie, le rédacteur en chef du Wiener klinische Wochenschrift, Leopold Wittelshöfer, avait signé un article faisant part de ses réserves et de ses doutes. Quels que soient les mérites bien connus de Meynert comme anatomiste du cerveau, écrivait-il, rien ne permettait d’estimer qu’il avait accompli quelque chose qui le rende digne du titre de professeur de psychiatrie. Et si ses partisans avaient raison de voir dans ses recherches les prémices d’un bouleversement majeur en psychiatrie, ne convenait-il pas d’attendre que celui-ci se produise dans l’avenir, avant de le saluer et de le reconnaître ?

La présentation aura trois objectifs. Le premier, à la suite de travaux récents (Guenther, 2015 ; Hlade, 2020), est de reconstruire le programme théorique de Meynert en le plaçant dans le contexte des débats philosophiques du XIXème siècle, ce que justifie en particulier la participation de Meynert aux travaux de la société philosophique de Vienne (Fisette, 2011) : débats portant sur la relation entre psychologie et physiologie (Mill), et sur la relation entre psychologie descriptive et psychologie génétique (Brentano).  Le second objectif est d’examiner la manière dont Meynert caractérise et explique le trouble mental qu’il appelle Amentia, ou confusion, dans ses Klinische Vorlesungen über Psychiatrie (1890 ; traduction aux Puf par Christine Lévy-Friesacher, 1983). L’Amentia, catégorie nosologique proposée par Meynert, permet en effet de percevoir comment celui-ci conçoit la liaison entre la description clinique des cas et le soubassement théorique de l’explication. Elle permet aussi de montrer comment, au-delà de l’anatomie pathologique, Meynert entend dans le cadre qu’il s’est donné parvenir à rendre raison des troubles mentaux sans faire appel à des lésions organiques. Le troisième objectif sera de mettre en perspective dans la longue durée (Grote, 2015 ; Morange, 2020) les promesses actuelles des neurosciences en psychiatrie, en particulier à partir de la proposition de Larry Laudan sur le contexte de la poursuite de la recherche (Laudan, 1977).

Ancien élève de l’ENS, Paris, Denis Forest est professeur de philosophie et d’histoire des sciences à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et membre de l’IHPST. Ses travaux portent notamment sur les neurosciences et les sciences de l’esprit. Il est l’auteur d’Histoire des aphasies (Puf, 2005), de Neuroscepticisme (Ithaque, 2014) et de Neuropromesses (Ithaque, 2022), et l’éditeur avec Luc Faucher de Defining mental disorders. Jerome Wakefield and his critics (MIT Press, 2021). Il dirige actuellement un programme interdisciplinaire consacré aux addictions, soutenu par l’Iresp/Inca.